
Pour recevoir, il faut donner !
Le principe est valable quelle que soit notre crèmerie.
Les choses ont bien changé depuis le Moyen-âge. En ces temps obscurs, on ne s’embarrassait guère de droits sociaux. 62 ou 64 ans ? Pour les manants, l’âge de départ à la retraite ne faisait pas débat. On cassait sa pipe à la trentaine, c’est bien connu, les travaux des champs sont bénéfiques pour la santé. Dîme, cens ou gabelle, l’oseille ne partait pas en fumée dans les méandres d’un État obèse : les nobles se gavaient, les gueux régalaient sans même éprouver le besoin de partir une semaine au camping de Saint-Jean-de-Monts.
De nos jours, recevoir est un des rares sports où notre pays est régulièrement champion du Monde, et loin devant tous les autres. Le prix de cette suprématie planétaire est exorbitant. On nous fait croire que de perfides étrangers ou quelques planqués d’une des 1200 agences d’État se gavent à nos frais ! Certes, on connaît tous un métèque qui fraude les allocs ou un haut fonctionnaire surpayé, mais contre toute attente, le problème est plus simple qu’il n’y parait: c’est eux-mêmes que ces braves contribuables engraissent !
Chaque fois qu’un Français donne 100 € à Bercy, 25 partent pour les retraites et 20 pour l’assurance maladie, ça représente près de la moitié du gâteau; sous peu, les intérêts de la dette atteindront la modique somme de 30 balles. Il reste assez peu pour l’éducation, la défense et la justice… et des miettes pour le sport, la culture et la pêche au gardon.
Ah la retraite !
Au siècle dernier, tout allait pour le mieux. Des hordes d’actifs finançaient tranquillement le repos bien mérité de grabataires auquel un AVC ou un infarctus mettait rapidement un terme. En 2024, le marché du déambulateur et de la couche confiance se porte bien en France, un peu moins à Gaza. L’espérance de vie dépasse les 80 barreaux, 85 pour les femmes. Trompées, brutalisées et moins payées, elles se la coulent douce pendant cinq ans en profitant d’une confortable pension de réversion avec champagne, croisières et toy boy à gogo: la faucheuse est le bras armé du féminisme. Au début du XXe, il y avait 2 actifs pour 1 retraité, on sera 1 pour 1 au prochain, avec des seniors qui seront tous de sémillants centenaires ! Pour qu’un retraité touche le SMIC, il faudra qu’un smicard donne l’intégralité de son salaire… ou un cadre la moitié ! Autant dire qu’augmenter l’âge de départ d’un an ou deux ne changera pas grand chose.
Indexer les pensions sur l’inflation, oui ! Indexer l’âge de départ sur l’espérance de vie, sûrement pas !
Pas besoin d’être au LR pour admettre que la répartition va droit dans le mur. La seule solution est de significativement baisser les pensions ou de quadrupler les salaires… sinon, il faut accueillir des millions d’étrangers et les faire charbonner pour nous entretenir. En d’autres temps, ça s’appelait l’esclavage, pratique officiellement abolie.
Nos révolutionnaires préférés ont la solution: confisquons la moitié des avoirs des 150 milliardaires tricolores, il leur restera bien assez pour chialer dans leur yacht et se prendre une timbale à la Romanée-Conti. Ça permettrait à chaque Français de s’offrir une Dacia Sandero et de fêter ce miracle à grandes rasades de Villageoise. Si on affectait ce pactole à la Cnav, les pensions prendraient 100 balles pendant un an… une aubaine pour un agriculteur ou une femme de ménage; une bagatelle pour un ministre du Gouvernement Barnier à la mine pendant 99 jours.
La vraie révolution, celle des mentalités, serait de significativement diminuer l’allocation. Pas dramatique pour qui émarge à 4500 €, un peu plus pour celui qui palpe cinq fois moins après une dure vie de labeur… Pourquoi ne pas aller plus loin en augmentant les plus modestes et en diminuant les plus cossues ? Ou alors soyons fous… la retraite universelle ! En tout cas pour ceux qui ont suffisamment cotisé. Les différences de salaire sont logiques au regard du niveau d’étude ou de responsabilité; pas nécessairement pour taper le carton, taquiner le goujon ou aller chercher sa petite fille à l’école…
Et la santé !
Quand elle va, tout va. Chez nous, un clodo qui boit cinq litrons de gros rouge par jour sera pris en charge après un infarctus avec les mêmes égards qu’un banquier d’affaire. Une semaine en soins intensifs et trois en centre de rééducation, ça revient globalement à un mois au Ritz, sans le caviar au petit déj. Un gros fumeur sera accompagné sans compter, de son cancer au Père Lachaise, avec une note finale de dizaines de milliers d’euros. C’est également valable pour une none victime d’un AVC, alors que la sainte femme n’a pas fait un écart depuis la première communion où elle s’était gavée de dragées. Liberté-Égalité-Fraternité, c’est pas moi qui le dit c’est notre devise… La gratuité des soins est un luxe qui n’a pas de prix. Ici plus qu’ailleurs, un leucémique apprécie le remboursement d’une boite d’Imbruvica à sa juste valeur, 5233,70 €. Outre-Atlantique, le même malade doit revendre sa Mustang pour pouvoir se l’offrir. Pour la deuxième, c’est plus difficile.
Le salarié peut tout donner au travail, aller au bout de ses forces et heureusement garder le lit quand une sale grippe le terrasse.
- Vous êtes fébrile je vais vous prescrire des antibiotiques, des vitamines et des antidépresseurs.
- Merci Docteur.
- Sinon il vous faudra autre chose ?
- Du Doliprane et du Smecta s’il vous plaît.
- Je vous en mets 4 boites de chaque. Je vous arrête 3 jours ?
- 7, c’est possible ?
- Oui bien sûr ! Et revenez dans une semaine, on verra si je vous prolonge.
- Au revoir Docteur.
On peut toujours faire mieux mais la France peut enorgueillir de sauver ceux qui souffrent. Ne pas crever seul dans son lit quand on a croisé un crabe ou un gâteux qui a pris l’accélérateur pour le frein est une bénédiction dont chacun peut bénéficier un jour. C’est comme se faire arrêter 2 mois et 29 jours tous les ans, à 24 heures du demi traitement, ça permet de supporter la discrimination salariale dont sont victimes de valeureux fonctionnaires.
Le modèle à la Française a du plomb dans l’aile. Il ne tient que si on emprunte un milliard par jour, dont 300 patates pour rembourser les intérêts. Un tourbillon infernal où on emprunte à nouveau pour rembourser ses agios… et ainsi de suite ! Célélem lui-même n’aurait pas fait mieux.
Le 10 février dernier, les Eagles ont facilement remporté le Super Bowl en déboîtant les Chiefs. A cette occasion, un milliard de wings ont été englouties par d’adipeux goinfres affalés sur leur canapés.
Si on compte bien, ça fait 500 millions de poulets qui n’aiment pas le foot.
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