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LE BAL DES MURENES

  • Photo du rédacteur: Admin
    Admin
  • 20 janv.
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 5 jours


    A quoi pouvait bien rêver un gosse dans les années 70 ?

Le meilleur joueur de foot français n’avait pas un seul follower sur Insta, tout juste sa figurine à coller sur un minable album Panini. Il y avait trois matchs par an à la télé, pas de quoi s’enflammer. Dominique Rocheteau taquinait la truite dans les rivières du Forez tandis que Marius Trésor faisait tranquillement son tiercé au PMU de la mairie.   

Le Rap n’était pas sorti de son ghetto new-yorkais, on faisait plus dans la chemise à fleur et les solos de guitares. Prost faisait du karting, Hinault du tricycle et Noah du foot ; Platini jouait au tennis.

Après trente ans au charbon, il est temps de lever le nez de son guidon. L’imagination prend le pouvoir, aussi facilement qu’un SS en 39. Tout devient possible. Tabarly, les Stones, Tazieff,  Victor, le TGV, Pivot, la NASA… les vocations fleurissent et les rêves de jeunesse ambitionnent plus qu’une retraite à 60 ans.  

 

Mais le GOAT est un petit vieux maigrichon : si Charles de Gaulle est « Le Général », Jacques Yves Cousteau restera à jamais « Le Commandant ». L’équipage de la « Calypso », son fameux rafiot, s’invite dans le salon des Français à l’heure du dîner à chaque épisode de « L’odyssée sous-marine de l’équipe Cousteau ». Si Albert Falco, son fils Philippe et d’autres crèvent l’écran, le Commandant  est bien le personnage principal de la saga d’une décennie. Sa pipe et son célèbre bonnet rouge font le tour du monde. Pris de passion, tout un pays découvre le monde du silence au gré des plongées : les requins, les oursins, les phoques, les baleines, les dauphins ou les goujons … pas de jaloux, tout le monde y passe. Il sillonne tous les océans d’est en ouest, des pôles à l’équateur ! Il lui arrive même à l’occasion de jouer les marins d’eau douce. De la vulgarisation comme on n’en fait plus, on apprend plein de choses sans s’ennuyer. Et on voyage ; on en prend plein les mirettes en découvrant tous les paysages possibles, des étendues glacées aux lagons tropicaux, en passant par des grandes plages de sable ou quelques inhospitaliers îlots rocheux.

Bref ! Qu’ils soient ronds de cuir dans un ministère ou cadres dynamiques, bien des seniors proches de la retraite entretiennent leur cancer en vivant avec des regrets. Ne pas partager la vie de Charon Stone ou conduire une Dacia Sandero à double carburateur ? Non ! Celui de ne pas avoir fait leur stage de troisième sur la Calypso. Cette opportunité aurait certainement changé leur destin sans saveur. En ces temps d’insouciance, il suffisait de barboter avec Albert, de boire une canette avec Philippe ou de se bourrer une pipe avec Jacques-Yves et hop, une vie aventureuse s’offrait à vous.


Cousteau a révolutionné la plongée en brevetant le scaphandre autonome, ses films ont fait rêver des millions de Français. C’est un précurseur de la prise de conscience écologique. Les zones d’ombre de l’icône sont connues de tous. Un frère collabo ? Une fidélité conjugale douteuse ? Certains agissements pas toujours respectueux de la nature ? Une présence épisodique sur « son » bateau, qui en fait n’était pas le sien. Des broutilles au regard de son œuvre considérable.

Faut-il séparer l’homme de son œuvre ? Pendant très longtemps, on se fichait pas mal de savoir si untel aimait la jeunesse ou un autre la farine. Mais les temps ont changé, les détraqués n’ont plus le vent en poupe. Miller, PPDA, Matzneff, Depardieu… on n’est pas au bout de nos surprises.  

Les langues se délient et les choses finissent souvent par se savoir ; même les plus salaces.


En 73, la Calypso mouillait au large de Naxos. Après une rude journée de labeur, l’équipage se détendait autour de quelques olives et de canapés de tzatziki. Une ambiance guillerette, une amphore d’Ouzo, les discussions allaient bon train. Cette île regorgeait de mérous, de daurades, de mulets, de sardines et de murènes. Les plongeurs avait croisé des dauphins et un énorme phoque venu nager à leurs côtés. Après quelques anisettes et une bonne pipe, le Commandant partit se coucher tandis que la fine équipe reprenait l’intégrale d’Hugues Aufray jusque tard dans la nuit.


« C’est un fameux trois-mâts, fin comme un oiseau / Hissez haut, Santiano / Dix-huit nœuds quatre cents tonneaux / Je suis fier d’y être matelot ». 


Un scandale artistique dans la patrie de Nana Mouskouri !

Les langues se délient et les choses finissent souvent par se savoir ; même les plus salaces. Quinze ans plus tard, dans une taverne bondée du Pirée, deux clients bruyants enquillent les cruches. L’un d’eux est une gloire nationale, le chanteur Demis Roussos, l’autre un certain Nikos qui bosse à la télé française.


-        Il y a quelques années, je nageais tranquille dans une crique de Naxos quand des plongeurs ont débarqué.

-        Des touristes ?

-        Non des scientifiques français, leur bateau s’appelait la Calypsos.

-        Et alors ?

-        Ils farfouillaient partout, mais un vieux maigrichon avait un comportement bizarre.

-        Le commandant Coustos !

-        Ce saligaud allait de rocher en rocher et dès qu’il trouvait une murène, il baissait son slip de bain.

-        Non ?

-        Et pire, il venait se frotter comme certains pervers dans le métro.

-        Un détraqué sexuel !

-        Les pauvres murènes…


Mais le hasard fait parfois bien les choses, deux membres de la SPA prenaient un verre sur la table à côté et entendirent ces propos infâmes. Ces ardents défenseurs de la cause animale firent le nécessaire en rentrant sur Paris.

 

Le Commandant fut condamné. Les juges l’interdirent de Méditerranée ainsi que d’approcher tout poiscaille de moins de 30 cm. Les murènes allaient de nouveau pouvoir barboter en paix.


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