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ANARCHIE


En ces temps moroses, quoi de mieux qu’un petit jeu pour égayer une existence si minable !

Parmi ces trois historiettes, une seule est vraie. Le premier lecteur à dire laquelle au 06 37 73 14 91 gagnera 24 kilos de pâté en croûte.

 

   A de rares exceptions près, l’intérêt général l’emporte toujours sur le particulier.

Monique Frossard et sa petite famille l’ont appris à leurs dépends. Son mari Marcel est un bricoleur émérite qui a fait de leur intérieur un nid aussi douillet que parfait. Côté jardin, ils n’ont pas grand-chose à envier à Le Nôtre. On est bien loin des 800 hectares du château de Versailles, mais leurs 350 m2 à Pontault-Combault sont un paradis végétal coupé du monde par une épaisse haie de thuyas. Mahonia, rosiers, mimosa ou laurier, chaque arbuste est à sa place et offre ses fleurs au gré des saisons qui s’égrainent inlassablement. La terrasse en composite, le barbecue à gaz de compétition et la pergola en faux bois exotique viennent s’insérer dans ce tableau idyllique. Tout n’est qu’harmonie, la main de l’homme a domestiqué une nature parfois rebelle. La durée de vie d’un trèfle ou d’un pissenlit dans le gazon n’excède pas celle d’un poulet dans un abattoir ukrainien. Toby, leur magnifique teckel à poil ras, le paye d’une bonne rouste à chaque fois qu’il ose se lâcher sur la pelouse...

Or un soir, Dieux du ciel protégez-nous (1), Monique rentre chez elle en sortant du boulot tandis que les pochards passent au au bistrot, ou pire, par la supérette pour s’offrir trois bouteilles de gros rouge. Or un soir disais-je, cette brave citoyenne voit une grue par dessus sa haie de conifères. Son premier réflexe est de vérifier le numéro sur son portail. Pas de doute, elle est bien chez elle. Elle ouvre sa porte, entre, enlève ses chaussures, enfile ses chaussons, se rend dans le vestibule, les enlève, enfile ses sabots et sort dans le jardin. Et la c’est le choc, crac ! La fissure. Les massifs de fleurs ont été massacrés, le gazon strié de larges ornières et des arbustes à moitié arrachés. Mais le pire est cette machine infernale qui creuse un trou béant au milieu du terrain. Une dizaine d’individus, pas tous français, piétinent ce chantier, sans vergogne avec leurs grosses bottes. Au bord de l’AVC, elle s’adresse à celui qui semble être le chef.


- Que faites-vous ?

- Mais nous forons !

- Vous forez ?

- Oui, l’Institut Français pour la Recherche Pétrolière nous a signalé une nappe de plusieurs millions de barils pile-poil à la verticale de chez vous.

- Mais vous êtes chez moi !

- Non madame, nécessité fait loi, votre propriété a été réquisitionnée par intérêt supérieur de la Nation.

- Et mon chien ?

- Ce sale cabot s’est jeté sous les roues de la pelleteuse. On l’a balancé au fond du trou, ça vous économisera une crémation !

 

 

   Malraux avait vu juste : « Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas. »   

Claude Vorilhon, alias Raël, l’a bien compris. En 1973 dans les montagnes auvergnates, le David Vincent français a croisé la route des Elohims. Descendus de leur soucoupe, ces créateurs de l’humanité lui ont confié la mission sacrée de tout faire pour les accueillir comme il se doit. Un temps ringardisés ses adorateurs connaissent aujourd’hui un regain de vitalité. Dire que des gauchistes mécréants osent parler d’une secte où le gourou s’enrichirait et enfilerait les jeunes adeptes comme les perles d’un chapelet !  

Maurice et son épouse ne sont ni de gauche, ni mécréants. La preuve, ces fervents catholiques votent RN depuis longtemps ; il parait qu’Yvette en pincerait pour Jordan, qu’elle trouve presque aussi beau qu’Alain Delon. Mais elle le garde pour elle, son mari est très jaloux.                               

La sonnette retentit alors qu’Yvette s’est rendue chez le coiffeur. - Encore des Témoins de Jéhovah, se dit le retraité, ces énergumènes sont connus pour faire du porte à porte. Fagotés comme des as de pique, ces rudes fondamentalistes sont capables de vous tenir la jambe des heures pour vous convertir. Une fois chez vous, ils deviennent plus difficiles à déloger que des morpions de votre calcif. La dernière fois, ils étaient restés plus de quatre plombes chez eux, il lui semble opportun de les recaler à l’interphone.


- Bonjour Monsieur.

- Merci, je n’ai besoin de rien !

- Même d’une méditation sensuelle ?

- De quoi ?

- Les extraterrestre ne vont pas tarder à revenir, il faut nous préparer à les recevoir dignement.

- ???

- Tout désir refréné nous ronge cher Monsieur, nous devons laisser nos corps exulter.


A ces mots, le pieux septuagénaire appuie sur le bouton. Les deux jeunes femmes qui entrent n’ont pas grand-chose à voir avec la rusticité propre aux Témoins. Leurs tuniques légères dévoilent des formes généreuses, on jugerait presque qu’elles ne portent rien en dessous. Assez rapidement, les échanges spirituels vont bon train; Maurice se retrouve finalement plongé dans l’intense recueillement promis.

Yvette est satisfaite de ce qu’elle voit dans le miroir. Après deux heures de bigoudis et de soins divers, sa permanente est comme toujours... magnifique. Comme d’habitude, son cher époux relèvera plus les trois chiffres de la facture que la beauté du résultat. Par contre, elle ne pouvait pas imaginer le spectacle qu’elle découvre en rentrant chez elle. Le salon est un champs de bataille avec trois corps inertes, des cadavres de bouteilles, une boite de pilules bleues et des vêtements éparpillés sur le parquet.


- Maurice !

- ...

- MAURICE !

- Oui ma chérie.

- Pourrais-tu m’expliquer ?

- Yvette, on devrait méditer plus souvent...    

 

 

   Comme l’excision, la chasse à courre est une tradition séculaire.  

Seuls les ignares se braquent sur sa soi-disant cruauté. Loin d’être sanguinaires, nos chasseurs sont avant tout d’ardents défenseurs de la nature. Ils entretiennent les forêts et régulent souvent l’équilibre naturel en prélevant des sujets qui pullulent faute de prédateurs. C’est ça ou accepter qu’on réintroduise des loups et des ours dans nos campagnes, ces bêtes sauvages ayant parfois un peu de mal à discerner un chevreuil d’un promeneur qui va aux champignons. Les chasseurs sont des hommes d’honneur.   

On ne tue pas pour le plaisir mais pour se nourrir. En France, on peut être autorisé à sortir de sa zone de chasse pour poursuivre un animal blessé. Une biche indemne a gagné le droit de vivre par son courage. Rien ne lui interdit de trotter dans les rues du village et d’aller faire ses courses. De plus, notre pays n’est pas une république bananière, le code de l’environnement stipule bien que nul n’a la faculté de chasser sur la propriété d’autrui sans son consentement.


A 85 ans, Danielle Plane coule des jours paisibles dans l’Orne, installée par son fils dans une grande propriété. Après une heure de mots fléchés, elle décide de se remettre à son tricot pour se changer les idées. Elle s’extirpe péniblement de son fauteuil pour aller chercher son matos. Un peu dure de la feuille, elle devine un drôle de vacarme dans le parc et décide d’aller voir à la fenêtre. Un cerf s’est réfugié devant chez elle, cerné par une vingtaine de chiens qui l’ont épuisé. Puis des chasseurs sont entrés dans la propriété armés de couteaux de 50cm et ont massacré l’animal qui n’était pas blessé, devant les yeux de l’octogénaire médusée.


     Une boucherie.

La propriété, c’est le vol (2).   

A vos smartphones ! 06 37 73 14 91, réponse A, B ou C.

 

1- Georges Brassens

2- Pierre-Joseph Proudhon

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