BLEU DE CHAUFFE ET CASQUE LOURD
- 6 juil.
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La fréquentation des bars n’est pas toujours sans danger. On peut se faire des amis en buvant un mezcal dans une cantina de Tijuana ou une pinte de Bud au comptoir enfumé d’un club de Hells Angels ; mais ça a plus de chances de terminer en bagarre qu’en partie de bridge.
Le Paraguay est un petit pays de sept millions d’âmes, enclavé entre la Bolivie, le Brésil et l’Argentine. Pour la plage ne cherchez pas, y’en a pas !
Le touriste curieux peut toujours déambuler dans un barrio malfamé d’Asuncion et s’arrêter déguster une caña, le rhum local. Pour sympathiser, mieux vaut éviter la moindre allusion à la profession des mères de consommateurs avinés. Peu réputé pour sons sens de l’humour, le Paraguayen est ancré dans ses traditions, entre ferveur religieuse et valeurs familiales. Sur le terrain, il casse plus les tibias adverses qu’il ne tricote avec le ballon. C’est un football d’un autre temps, rustre et rugueux où tout est permis pour aller chercher la victoire. Autant dire que pour s’en défaire, il faut enfiler bleu de chauffe et casque lourd : demandez donc à nos amis Allemands ce qu’ils en pensent ; leur sélectionneur Julian Nagelsamann en fait encore des cauchemars…
L’Albiroja nous avait fait le coup en 98, déjà en huitième. Un match irrespirable dans la fournaise de Bollaert, le légendaire José-Luis Chilavert et ses âpres défenseurs nous avaient neutralisé pendant 113 minutes. Après 36 tirs français, Laurent Blanc fait mouche à la 114e et envoie les Bleus en quart ; ça vaudra bien un bisou sur le crâne lisse de Fabien Barthez.
Ce samedi 4 juillet, il fait encore plus chaud à Philadelphie. Un bourbier invraisemblable attend les hommes de Dédé - qui avait joué en 98 -, pire que les Américains au Vietnam. Le bus est bien garé devant le but d’un Gill impérial, à l’image de José-Luis il y a 28 ans.
« La fin justifie les moyens » : coups, intimidations, insultes, provocations, tout y passe, on est vraiment au fond du faitout. Si Machiavel avait fait du foot, c’eût été sans nul doute au Paraguay. Ce sport a ceci de particulier que vous pouvez sortir les barbelés, agresser tout ce qui passe et gagner aux pénos.
Impossible de développer du jeu dans ces conditions, la performance française est surtout mentale. Il fallait surtout résister à la pression incessante mise par l’adversaire aux quatre coins du terrain comme sur le banc. Ne pas répliquer, rester focus, le plus remarquable a été de ne pas sombrer devant l’arbitrage extraordinairement permissif de M. Tantashef. N'est-pas Monsieur Zidane ?
«Mobutu» - nouveau surnom de Kik’s - n’est pas seulement excellent sur le gazon, il l’est aussi au micro de beIN.
« Si faut mettre les mains dans la merde, on va mettre les mains dans la merde, désolé de l’expression… Nous on sait faire le sale football aussi, même dans ça on a été meilleurs qu’eux… Tout le monde joue avec ses armes, y’a pas de bonne ou mauvais manière de jouer au foot. Y’a qu’une seule manière de jouer, c’est gagner ».
Cherki en rajoute une couche.
« Moi j’aurais pas dit les mains. Nous on plonge , on plonge dedans et on fait pas de détail. Toute façon pour gagner une Coupe du Monde y’a pas de calcul à faire… Aujourd’hui c’est nous qui avons gagné parce qu’on a été là où il fallait être ».
Pour une fois, tout est dit dans une interview d’après-match trop souvent soporifique.
A 6000 km de ce guêpier, un ange passe sur le Center Court de Wimbledon. Un an après une terrible blessure, Dimitrov régale. L’espace de quatre heures, c’est comme si Roger était redescendu parmi nous …


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