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ADIEU YOYO

  • 11 mai
  • 5 min de lecture

Être une «tronche» ne vaccine pas contre l’humour.

 

Lors de la distribution de neurones, Dame Nature a été plutôt généreuse avec Manuel Bompard. Dans Mémoires d’une insoumise, sa nurse écrivait, qu’à l’âge où les bambins branlottent leur hochet, le petit Manu jouait au Rubik’s Cube. 

 

Il décroche 20 en maths au bac mais se plante lamentablement en physique avec un pauvre 19/20. Ingénieur agronome et informaticien, son père n’apprécie guère ce laisser-aller : il le prive de Petit Livre Rouge pendant deux semaines. Traumatisé, l’adolescent sombre alors dans la 8.6.

Il remonte la pente et sort diplômé d’une école d’ingénieurs de l’Institut polytechnique de Grenoble. Puis, il obtient un doctorat, après avoir soutenu une thèse de mathématiques appliquées en aéronautique.  Insatiable, il participe au lancement d’une startup spécialisée dans l’automatisme et l’intelligence artificielle.

 

A priori pas de quoi voter à gauche, et pourtant …

Ni développer son sens de l’humour, et pourtant …

 

Le 22 mars dernier, au soir du deuxième tour des municipales, Manuel prouve qu’un puits de science peut faire rire son auditoire avec la « percée » des candidats LFI, aussi sûrement qu’un humoriste patenté :

 

« C’est un formidable désaveu pour toutes celles et ceux qui ont multiplié ces dernières semaines les calomnies contre la France insoumise et ses candidats ( … ) En tout état de cause, la France insoumise fait une entrée fracassante dans les conseils municipaux ».

 

Inénarrable ! Coluche s’ennuyait là-haut, il est revenu parmi nous.

Saint-Denis, Roubaix, La Courneuve, Creil, Vénissieux, Vaulx-en-Velin, Saint-Fons, sans oublier les 82 000 Réunionnais du Tampon… La victoire confine au triomphe, l’entrée est plus que fracassante !

Pierre Dac et Francis Blanche, Grosso et Modo, Elie et Dieudonné, Chevalier-Laspalès et tant d’autres : la liste est longue. Méluche et Manu ont certainement de beaux jours devant eux, on n’a pas fini de se marrer…

 

Des agents infiltrés du Mossad nous ont gracieusement transmis un court extrait de leur prochain spectacle : A nous l’Élysée.

 

- Eh, Jean-Luc, tu crois que je suis con ?

- Tu rigoles Manu, t’es bardé de diplômes !

- Oui, mais j’ai quand même 40 piges.

- Et alors ?

- « Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis » : ça fait 4 décennies que je suis d’ extrême gauche !

- Déjà à la crèche ?

- Oui, j’étais délégué des « tout-petits ». J’ai mené la lutte contre la direction pour exiger le retrait du chou de Bruxelles à la cantine.

- Et tu as réussi ?

- Oui. On a fait la grève des couches.

- … ?

- On chiait dans nos frocs, les auxiliaires de puériculture en ont eu assez, elles ont mis la pression sur leur supérieur.

- Bravo camarade !

- Toi, par contre, tu es bigrement intelligent !

- C’est vrai, pourtant je n’ai que deux licences : une de lettres modernes et une de philosophie.

- Non, tu as beaucoup changé.

- … ?

- Trotskiste à l’Organisation communiste internationaliste de 1972 à 1974, encarté au PS jusqu’en 2008, ministre de 2000 à 2002 sous Jospin, cofondateur du Parti de gauche en 2008, fondateur de LFI, conseiller général, député, sénateur, député européen… Et n’oublions pas que tu as bossé un mois comme ouvrier et trois ans comme prof. Tu as aussi intégré la franc-maçonnerie en 1983, avec la laïcité comme thème de prédilection !

- Et bientôt  l’Élysée.

- Si Dieu le veut.

- Restons laïques s’il te plaît !

 

Avant de se lancer dans le stand-up, Méluche faisait du cirque : il était éléphanteau au Parti Socialiste, célèbre troupe des années 80 où sévissaient de talentueux pachydermes ( Fabius, Lang, Aubry, Hollande, Royal et Emmanuelli ).      

 

 

Ironie du sort, alors que LFI ramasse des miettes - et le RN des croûtons -,  Yoyo nous quitte le 22 mars 2026, précisément le jour du second tour des municipales !

 

Dès 1981, Lionel Jospin est élu Premier secrétaire du PS, pendant que François Mitterrand gravit les marches du perron. Battu par Chirac au deuxième tour des présidentielles de 95, il devient son Premier ministre deux ans plus tard après la victoire de la gauche aux législatives.

Aux manettes du pays pendant 5 ans, le leader de la  « gauche plurielle » réussit un exploit unique dans la Ve  République : baisser les déficits et même  réduire la dette, il est vrai en surfant sur une conjoncture très favorable. 35 heures, PACS, CMU, baisse du chômage, emplois jeunes, l’ancien trotskiste de l’ OCI - tiens, tiens, ça nous rappelle Jean-Luc ! - ne lésine pas sur le social. Son aile gauche en veut toujours plus : elle lui reproche de ne pas assez redistribuer les milliards qu’il engrange : la fameuse « rigueur », qui déjà, passait mal en 1983. Si on ajoute la privatisation de fleurons de l’économie française ( France Télécom, Thomson, Air France, GAN… ) et le dégraissage de mammouth de son ami Claude Allègre, le peuple de gauche se sent trahi.

 

Résultat : Chevènement et Taubira lui savonnent la planche. Ils se présentent en 2002, privant Yoyo d’un deuxième tour et la France d’un nouveau président. Contre toute attente, Jean-Marie s’offre une finale, le grand Jacques un deuxième mandat !

 

Le 21 avril 2002, Lionel Jospin déclare stoïquement au soir du premier tour :

 

« J’assume pleinement la responsabilité de cet échec. J’en tire les conclusions en me retirant de la vie politique après la fin de l’élection présidentielle. »

 

Il tiendra parole.

Le 10 avril 2022, Jean-Luc Mélenchon est écarté au premier tour :

 

« Ce matin il faisait beau à Marseille, sur la mer fuyante les rayons du soleil bondissaient d’une vague à l’autre ( … ) Je connais votre colère mes compatriotes, ne vous abandonnez pas à ce qu’elle vienne à vous faire commettre des erreurs qui seraient définitivement irréparables. Tant que la vie continue, le combat continue ( … ) Vous êtes en état de mener cette bataille ; et la suivante ; et la suivante ; autant qu’il y en aura ( … ) Alors maintenant, c’est à vous de faire. Les batailles arrivent devant vous, ne commettons pas l’erreur de nous fourvoyer ( … ) Il ne faut pas donner un seule voix à Mme Le Pen, il ne faut pas donner un seule voix à Mme Le Pen, il ne faut pas donner un seule voix à Mme Le Pen, il ne faut pas donner un seule voix à Mme Le Pen ( … ) Ne nous cachons pas la violence de la déception ! ( … ) Je m’adresse à vous qui êtes dans cette salle, la lutte continue ( … ) Nous tiendrons à chaque étape notre rang ( … ) Faites mieux ! »  

 

Quelle émotion !

Quelle dignité !

Quelques jours après être sorti par la grande porte, Méluche revient par le vasistas en revendiquant la tête du prochain gouvernement.


Cinq ans plus tard, la lutte continue : il sera bien là en 2027.

S’il passe le premier tour, ses camarades de feue la NUPES appelleront sans doute à voter pour lui.


 
 
 

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